02 Déc

Paroles d’expert – Décembre 2017

Paroles d’expert : Retrouvez chaque mois l’article d’un expert du cluster CIME

 

Stockage d’énergie et véhicules électriques

Le marché du stockage de l’énergie est en ébullition principalement tiré par le développement des véhicules électriques. Sur ce sujet,  les agences de prospective rivalisent d’optimisme :

  • XERFI explique que le marché mondial s’envole et devrait être multiplié par 6,5 d’ici 2020.
  • Le Blackrock Investment Institute prédit une évolution du prix à 100 $/KWh à horizon 2025 (contre 400-450$ actuellement). 100 $ / KWh est le coût estimé pour que les véhicules électriques deviennent compétitifs avec les véhicules thermiques sans aide publique.
  • Bloomberg New Energy Finance prévoit de son côté entre 100 et 500 Millions de véhicules électriques mis sur le marché en 2040 (contre 2 Millions en 2016).

Cette dynamique serait  soutenue par la nécessité de réduire l’utilisation d’énergie fossile (essence et diesel étant produits à partir de pétrole) pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et sauvegarder au mieux les ressources pétrolières.

Mais qu’en est-il réellement ?

En 2015, 66% de la production électrique mondiale provient d’énergie fossile, environ 10 % du nucléaire et le reste des énergies renouvelables.

De plus, il apparait que ce mix énergétique reste relativement stable depuis 1980 (Commissariat général au développement du Plan – Chiffres et statistiques N° 40- – Avril 2013). En effet, même si les énergies renouvelables sont en forte croissance, leur part dans le mix mondial reste stable du fait d’une consommation électrique globale également en forte croissance (près de 3 fois plus d’électricité consommée en 2017 par rapport à 1980). En conclusion, les émissions de CO2 par KWh restent constantes.

De ce fait le développement du marché des véhicules électriques n’induira  une baisse notable de consommation des énergies fossiles que dans les pays disposant d’une production d’électricité principalement à partir de nucléaire et/ou d’énergies renouvelables. Le cas de la France est à cet égard très spécifique et non représentatif de la majorité des pays.

Il faut enfin mentionner que l’ACV comparative (voir étude ADEME 2013) montre que l’émission de GES est beaucoup plus importante pour la fabrication de véhicules électriques que thermiques. En France, à partir de 50.000 km parcourus, un véhicule électrique devient moins impactant pour l’environnement. En Allemagne (dont le mix énergétique est plus carboné qu’en France), il lui faut parcourir  80.000 km.

Ce qui signifie que pour bénéficier d’un avantage potentiel (potentiel car rien ne garantit une utilisation intensive des véhicules électriques commercialisés) à long terme il est nécessaire d’accroitre fortement nos émissions de GES dans le secteur automobile sur les années à venir…

Enfin, le développement du marché des batteries tel qu’annoncé génèrera une tension importante sur la disponibilité des métaux et d’autres matériaux. En effet, à l’horizon 2040 la consommation de Lithium serait multipliée par 30, celle du Cobalt par 20, du graphite par 5, des terres rares par 6. Les consommations d’Aluminium et de Cuivre seraient elles aussi accrues de manière significative.

Au vu de la situation, il est permis de douter sincèrement des prévisions du marché.

En effet, si  ces prévisions se réalisent, l’explosion du marché des véhicules électriques aggravera les émissions de GES à court terme… alors que l’urgence de la réduction est déjà démontrée. Ceci serait en totale contradiction avec les engagements pris lors de la COP 21.

Enfin cette explosion génèrera des tensions importantes sur les ressources dont le Cobalt qui est déjà une ressource rare et génératrice de conflit.

Il est probable que la révolution du véhicule électrique n’ait jamais lieu…